Écrire et coder un récit interactif

Une aventure dont tu es le héros

Tout le monde se souvient des livres dont vous êtes le héros. Peu de gens ont remarqué qu’ils reposent sur une contrainte d’écriture complexe à mettre en place : chaque choix doit être crédible, chaque branche doit tenir debout toute seule, le récit doit rester cohérent, quels que soient les choix faits.

Cette contrainte en fait un formidable terrain d’apprentissage. Écrire en classe un récit à choix multiples, c’est écrire à plusieurs, anticiper les conséquences de chaque bifurcation, tester, casser, réparer. Le texte qui va naître, chacun pourra le lire, encore et encore, jusqu’à trouver la combinaison de choix qui va conduire au dénouement.

Un récit écrit par une classe

Au printemps 2026, une classe de 8P du collège de la Burtignière à Morges a écrit L’an 5000 – une planète polluée, une astronaute, une intelligence artificielle et un chien-saucisse nommé GPT. Le récit se lit  sur la page www.donttuesleheros.ch.

Ce projet a été réalisé dans le cadre du programme La culture, c’est classe du Canton de Vaud, en tandem avec l’enseignant Pierre Voelke.

Le déroulement du projet

En classe, on commence sur le papier. Le groupe invente un monde, un personnage, une situation de départ, et pose d’abord une trame linéaire. Ce n’est qu’ensuite qu’on cherche où le récit peut bifurquer, et de quelle manière : le détour qui ramène au chemin principal, l’impasse qui met fin à l’aventure, la véritable alternative qui ouvre deux histoires. Cartes heuristiques, post-its, tableaux de décision : l’arborescence se construit avant qu’une ligne ne soit rédigée.

Vient ensuite l’écriture par petits groupes, chacun prenant en charge une branche, puis le passage à Ink, le langage de narration interactive développé par le studio Inkle pour le jeu vidéo, sur le programme Inky. On y écrit du texte normal avec quelques signes de balisage simples, et on peut jouer immédiatement ce qu’on vient d’écrire. Aucune compétence en programmation n’est requise, ni des élèves ni de l’enseignant·e.

Enfin, le récit est mis en ligne. Les familles le lisent, les autres classes aussi, et leurs commentaires reviennent au groupe qui l’a écrit. C’est souvent là que les élèves comprennent qu’ils ont fabriqué quelque chose : ceux de la Burtignière ont par exemple imprimé des flyers avec l’adresse du site et les ont distribués pendant une vente de pâtisseries.

Ce qu’apprennent les élèves

Production écrite et réécriture, cohérence narrative, argumentation orale au moment de défendre ses choix, coopération, logique et initiation au code. Le travail d’écriture en groupe, rarement pratiqué en classe, est un des véritables apports de la démarche. Et ce sont souvent les élèves les moins à l’aise avec les formats scolaires classiques qui s’en emparent le plus vite : il y a une place pour celui qui invente, pour celle qui structure, pour celui qui teste et débusque les incohérences.

Ce qu’en disent les élèves

À la fin du projet, on a demandé aux élèves de la classe de 8P de la Burtignière à Morges la séance qu’ils avaient préférée et pourquoi :

« Quand on a écrit le texte, on réfléchissait par groupe, imagination. »

« La neuvième, car on a pu écouter les commentaires de notre classe et des deux autres classes. »

« La séance avec l’iPad, parce qu’on a pu essayer l’histoire. »

Qu’est-ce qui avait été le plus difficile pour eux ?

« Garder une logique d’ensemble, parce qu’il faut que les idées de tout le monde fonctionnent ensemble. Il fallait parler entre les groupes. »

« La logique d’ensemble, parce qu’on a beaucoup d’imagination en tête, donc il faut se concentrer. »

« Inventer les choix, car tous les objets doivent avoir quelque chose à faire. »

Travail en classe et formation continue

D’une part, en classe, avec les élèves, à partir de la 8P jusqu’au gymnase. Huit séances de deux périodes, réparties sur un trimestre, en coanimation avec l’enseignant·e, plus une séance de bilan une fois les commentaires des autres classes reçus. Compter deux séances supplémentaires si l’on souhaite que les élèves codent eux-mêmes dans Ink : la construction du récit collectif demande plus d’allers-retours qu’on ne l’imagine, et les compétences informatiques d’une classe sont souvent très inégales.

D’autre part, en formation continue, avec les enseignant·es. Une journée ou deux demi-journées pour prendre en main la démarche et l’outil, et repartir avec un dispositif qu’on peut mener soi-même avec sa classe.

Mon parcours

Écrivain et traducteur, j’enseigne l’écriture créative depuis 2015 dans le cadre des ateliers d’À vrai dire et depuis 2016 à l’Institut littéraire suisse de Bienne. Vous trouverez plus de détails sur mon parcours sur ma page de biographie.

Contact

Le financement de ces propositions se discute selon le cadre – appel à projets, budget d’établissement, formation continue. Écrivez-moi, nous verrons ensemble ce qui est réalisable dans votre contexte.